Giulietta

🇫🇷

Ode à l’essence super et à l’insouciance

Je suis tombé par hasard sur une photo d’une Giulietta exactement comme la mienne. Même couleur, même air de défi mécanique, même promesse de liberté. Années 69 ou 70. Autant dire que mon cerveau a immédiatement enclenché le mode Madeleine de Proust, parfumée à l’essence super, à l’huile de ricin et à une insouciance aujourd’hui strictement interdite par le Code de la route, le bon sens et probablement l’OMS.

Cette Giulietta, je m’en souviens comme si c’était hier. Elle avait quelques jours à peine quand on montait à deux dessus dans Paris. Interdit ? Évidemment. Casque ? Presque conceptuel. Prudence ? En option. Les flics nous regardaient filer avec un air vaguement perplexe, sans doute persuadés que c’était une moto. Ou alors ils n’avaient vraiment pas leurs lunettes. À leur décharge, la Giulietta avait ce petit quelque chose d’ambigu : trop sérieuse pour être un vélomoteur, trop effrontée pour être raisonnable.

Il faut dire qu’il n’y en avait qu’une dans la région. La mienne. Levier de vitesses au pied, comme une vraie moto. Rien que ça. Autant dire que je me sentais pilote d’usine, version banlieue. Évidemment, je n’ai pas résisté longtemps avant de changer le carburateur pour augmenter le débit. Officiellement, pour « améliorer la souplesse du moteur ». Officieusement, pour aller un peu plus vite, ce qui, à l’époque, semblait être une mission d’intérêt général.

La Giulietta était mon compagnon de route, mon permis avant le permis, mon premier traité de mécanique empirique et mon passeport pour une liberté aujourd’hui disparue, rangée quelque part entre les disques vinyles et les cabines téléphoniques. Elle vibrait, elle fumait un peu, elle sentait fort, mais elle vivait. Et moi avec.

Aujourd’hui, quand je retombe sur sa photo, je me surprends à penser qu’il m’en faudrait une à nouveau. Pas pour fuir la police cette fois, rassurez-vous. Juste pour aller faire mes courses en ville, lentement, avec élégance, et un sourire idiot sous le casque. Comme quoi, certaines révolutions commencent très modestement : avec un panier, une baguette… et une Giulietta.

🇬🇧

Ode to Super Petrol and Carefree Youth

Quite by accident, I came across a photograph of a Giulietta identical to mine. Same colour, same faintly rebellious mechanical air, same quiet promise of freedom. Circa 1969 or 1970. Naturally, this triggered a small but perfectly formed Proustian moment, delicately perfumed with super petrol, castor oil, and a degree of carefree innocence that modern regulations would now regard with deep suspicion.

I remember that Giulietta rather well. It was barely a few days old when we used to ride two-up through Paris. Entirely illegal, of course. Helmets were more an idea than a requirement, and caution was something other people worried about. The police would watch us go past with a mildly baffled expression, presumably assuming it was a proper motorcycle. Or perhaps they simply hadn’t brought their spectacles that day.

There was only one in the region. Mine. It had a foot-operated gear lever—just like a real motorcycle—which instantly elevated me, in my own mind at least, to the rank of works rider, suburban division. Inevitably, I soon replaced the carburettor to increase fuel flow. Officially, this was to “improve flexibility”. In reality, it was to go slightly faster, which at the time seemed an entirely reasonable life goal.

The Giulietta was my companion on the road, my driving licence before the actual licence, and my first practical education in mechanical improvisation. It represented a kind of freedom that now appears to have been carefully packed away somewhere between vinyl records and public telephone boxes. It vibrated, it smoked a little, it smelt rather strongly—but it was alive. And, by extension, so was I.

Nowadays, when I see that photograph again, I find myself thinking I’d quite like another Giulietta. Not to evade the police, rest assured, but simply to do the shopping in town—slowly, politely, with a faintly foolish smile under the helmet. A reminder that some revolutions begin in the most modest of ways: with a basket, a baguette, and a Giulietta.


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