🇫🇷
Elle avance, en râlant
Le récit du « déclin français » est devenu un réflexe médiatique. On l’entend du matin au soir, entre deux débats enflammés. Mais quand on regarde les faits plutôt que le bruit, l’image est bien plus nuancée — et souvent bien plus solide — que ce que certains veulent bien raconter.
Commençons par la tech, peuchère. En 2017, la France comptait trois licornes*. En 2026, elle en aligne plus de trente. L’objectif de 25 fixé pour 2025 a été dépassé bien avant l’heure. Mistral AI joue dans la cour mondiale de l’intelligence artificielle avec des valorisations à plusieurs milliards. Doctolib est devenu un pilier structurel de la santé en Europe. Exotec exporte ses robots logistiques à l’international. Côté fintech, Qonto, Pennylane et Lydia ont atteint une taille critique. En cybersécurité et crypto, Ledger équipe des millions d’utilisateurs. Mobilité avec BlaBlaCar, batteries avec Verkor, tech reconditionnée avec Back Market : l’écosystème s’est élargi, au-delà de Paris, avec des emplois qualifiés en régions et des investissements étrangers massifs. Eh oui, ça bosse, fada.
Et les secteurs dits « traditionnels » ? En réalité, ce sont des concentrés de technologie et des champions de l’export. L’aéronautique reste un moteur majeur de la balance commerciale, avec Airbus en locomotive industrielle et des excédents records en 2025. Dans la défense, Dassault Aviation et le Dassault Rafale enchaînent les contrats (Inde, Émirats arabes unis, Indonésie, Serbie, Grèce…), contribuant à faire de la France le deuxième exportateur mondial d’armement ces dernières années, devant la Russie.
Le luxe, les cosmétiques, les vins et spiritueux continuent d’afficher des excédents significatifs. La pharmacie et la chimie maintiennent une base industrielle compétitive. Le tourisme génère d’énormes excédents de services. Le nucléaire, avec EDF, Orano et Framatome, reste l’une des rares filières complètes en Europe — civile et militaire — garantissant souveraineté énergétique et dissuasion stratégique. C’est pas rien, quand même.
Face aux États-Unis, la France n’a ni la taille du marché ni le privilège du dollar. Mais elle conserve des atouts structurels rares : un réseau diplomatique mondial, un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, une dissuasion nucléaire indépendante, un porte-avions opérationnel, une industrie aéronautique capable de rivaliser avec Boeing, et même un réseau domestique de paiement — Cartes Bancaires — qui tient tête à Visa et Mastercard. Malgré les pressions « trumpiennes », la voix française reste audible. Les Américains ont Hollywood, la Silicon Valley, 800 bases militaires et le dollar monnaie de réserve mondiale… et malgré tout ça, ils s’inquiètent qu’un pays de 67 millions d’habitants ose encore dire « non » sans demander la permission. Avé l’accent et tout.
Évidemment, les défis existent : dette publique élevée, tensions sur les retraites, fiscalité lourde, bureaucratie, instabilité politique, polarisation. Personne ne dit le contraire. Les contraintes sont bien réelles. Mais elles coexistent avec des performances exportatrices solides, une montée en gamme technologique et une capacité d’innovation désormais reconnue.
L’écart entre le récit du déclin permanent et les indicateurs sectoriels est frappant. Les chaînes d’info en continu comme LCI, CNews (surtout CNews, hein), France Info ou BFM TV privilégient souvent les polémiques immédiates et les clashs qui font de l’audience, plutôt que l’analyse industrielle longue, technique, un peu moins sexy. Pourtant, les succès à l’export, les montées en puissance technologiques, les bascules géopolitiques exigent du temps et du contexte.
En résumé : la France n’est ni une superpuissance hégémonique ni un pays « au fond du trou ». C’est une économie de taille moyenne à forte intensité technologique, capable de produire des champions mondiaux dans la tech comme dans l’industrie lourde, de gagner des parts de marché stratégiques et de préserver une autonomie politique et militaire rare en Europe. Débattre de ses faiblesses est légitime. Mais ignorer ses réussites, c’est fausser l’analyse.
Un pays qui s’effondre ne vend pas autant d’avions, de réacteurs, de logiciels, de parfums et d’idées.
La France ne décline pas.
Elle avance.
En râlant, certes.
Mais elle avance, mon frère. Alors on le dit, on le crie, on le proclame :
Oh fan de chichourle, la France, elle est toujours là ! 🇫🇷
*🦄 La France compte aujourd’hui plusieurs dizaines de licornes, c’est-à-dire des startups non cotées en bourse valorisées à plus d’un milliard de dollars. Selon les estimations les plus récentes, **la France a environ 30 licornes en 2026, avec une possible variation selon les listes et critères retenus. Voila une liste des principales:
A – Grandes licornes tech & plateformes
- Alan – Assurtech / assurance santé digitale
- Ankorstore – Marketplace B2B pour commerces indépendants
- Back Market – Marketplace de produits reconditionnés
- BlaBlaCar – Mobilité partagée
- Brevo (anciennement Sendinblue) – Martech / CRM
- Contentsquare – Analytics et optimisation UX
- Dental Monitoring – IA pour suivi orthodontique
- Doctolib – Plateforme santé numérique
- EcoVadis – Évaluation RSE & supply chain
- Exotec – Robotique logistique
- Harmattan AI – IA & systèmes autonomes pour défense
- IAD – Immobilier (licorne récente)
- Ivalua – IT / e-procurement
- Ledger – Sécurité crypto / hardware wallet
- Lydia – Fintech / paiements
B – Startups valorisées > 1 milliard $
16. Qonto – Fintech néobanque pro
17. Sorare – Plateforme fantasy football & NFT
18. Poolside – IA / logiciels
19. ManoMano – Marketplace bricolage & jardin
20. Voodoo – Jeux mobiles
21. Pennylane – SaaS finances & comptabilité
22. PayFit – Paie & gestion RH
C – Licornes fintech & diversifiées
23. Younited Financial – Fintech crédit
24. Spendesk – Gestion de dépenses pro
25. Swile – Avantages salariés & cartes
🇬🇧
France is far from declining
It’s thriving, while complaining about it
The “French decline” narrative has become a media reflex. Yet when you look at the facts rather than the noise, the picture is far more nuanced — and often far stronger — than the prevailing story suggests.
Start with technology. In 2017, France had three unicorns. By 2026, it has over thirty (see above). The target of 25 set for 2025 was exceeded years ahead of schedule. Mistral AI is competing in the global AI race with multi-billion-dollar valuations. Doctolib has become a structural force in European healthcare. Exotec exports its logistics robotics internationally. In fintech, Qonto, Pennylane, and Lydia have reached critical mass. In cybersecurity and crypto, Ledger serves millions of users. Mobility with BlaBlaCar, batteries with Verkor, refurbished tech with Back Market: the ecosystem now spans a broad spectrum, beyond Paris, with high-skilled jobs in the regions and massive foreign capital investment.
Then there are the so-called “traditional” sectors — which are actually highly technological export powerhouses. Aerospace remains a major driver of the trade balance, with Airbus as the industrial locomotive and record surpluses in 2025. In defense, Dassault Aviation and the Rafale have racked up contracts (India, UAE, Indonesia, Serbia, Greece…), helping make France the world’s second-largest arms exporter in recent years, ahead of Russia.
Luxury goods, cosmetics, wines and spirits continue to post significant surpluses. Pharmaceuticals and chemicals maintain a competitive industrial base. Tourism generates massive service surpluses. Nuclear power, with EDF, Orano, and Framatome, remains a rare complete supply chain in Europe — both civilian and military — supporting energy sovereignty and strategic deterrence.
Compared to the United States, France doesn’t have the market size or the dollar privilege, but it retains structural advantages: It remains one of the few countries with a global diplomatic network, a permanent seat on the UN Security Council, independent nuclear deterrence, an operational aircraft carrier, an aerospace industry capable of rivaling Boeing, and even a domestic payment network — Cartes Bancaires — that pushes back against Visa and Mastercard. Even under Trumpian pressure, France remains audible. They have Hollywood, Silicon Valley, 800 military bases, and the dollar as world reserve currency… and despite all that, they spend their days worried that a country of 67 million people still dares to say “no” without asking permission.
This doesn’t erase the challenges: high public debt, pension system strain, heavy taxation, bureaucracy, political instability, polarization. The constraints are real. But they coexist with robust export performance, technological upgrading, and now-recognized innovation capacity.
The gap between the narrative of permanent decline and actual sectoral indicators is striking. 24-hour news channels like LCI, CNews (especially CNews), France Info, or BFM TV often prioritise immediate internal controversies for ratings over long, technical industrial analysis. Yet export successes, technological scaling, or shifting geopolitical balances require nuance and context.
In short: France is neither a hegemonic superpower nor a country “in the gutter.” It’s a medium-sized economy with high technological intensity, capable of producing world champions in both tech and heavy industry, winning strategic market share, and preserving a political and military autonomy rare in Europe. Debate about its weaknesses is legitimate. But ignoring its successes distorts the analysis.
A country that’s falling doesn’t sell that many planes, reactors, software, perfumes, and ideas.
France isn’t declining.
It’s moving forward — while complaining.
So let’s say it, shout it, proclaim it!
Return to Mission Control (J2S Blog)

