Quel spectacle que cette guerre de rue que nous endurons! Le vrai divertissement n’est pas là : il se trouve sur les plateaux de télévision, où sociologues et politologues, d’un air grave et inspiré, nous délivrent leurs analyses lumineuses. Bravo, messieurs-dames, on ne s’en lasse pas.
Pendant ce temps, le problème principal, d’une complexité effroyable, reste soigneusement sous le tapis, car aucun candidat à la présidentielle n’oserait y faire allusion : la France est en faillite, tout simplement, pour avoir feint de croire, tous partis confondus et depuis 40 ans, qu’on pouvait gagner plus en travaillant moins. Une idée géniale, vraiment. Qui aurait pu prévoir que ça coincerait ?
Résultat, ô surprise : le pays s’est appauvri en dépensant toujours plus et en produisant toujours moins. Un miracle de la science économique.
Et le débat atteint des sommets de lucidité ! La plupart des partis proclament désormais, le plus sérieusement du monde, que c’est à l’État de soutenir le pouvoir d’achat et de combattre la vie chère. Car bien sûr, un État aux abois, la corde au cou, est parfaitement armé pour subvenir aux besoins de la majorité de ses citoyens. On marche sur la tête, mais avec tellement d’assurance !
Certes, il reste bien quelques nantis à tondre. Courage, tondons-les ! Cela ne réglera rien, mais cela occupera agréablement tout le monde.
Quant à la réalité économique, cette rabat-joie obstinée, elle persiste à répéter que, sur le long terme, tout pays finit par devoir mériter son niveau de vie. La France, comme d’autres, devra donc se remettre au travail, sauf à vouloir s’appauvrir davantage. Nier cette évidence est une excellente stratégie : la déflagration n’en sera que plus spectaculaire.
Et dire que quantité de gens souffrent déjà de cette situation ! Mais rassurons-nous : le redressement sera aussi inéluctable que laborieux. Un programme follement enthousiasmant, que personne, bien sûr, ne s’empresse de défendre.
