un Français interdit de séjour dans sa propre langue
Je suis français jusqu’au bout des ongles — né dedans, pour ainsi dire, et élevé au bon vin de Bourgogne grâce à mon père, originaire d’Auxerre (donc rien à voir avec le Sud, on est bien d’accord). Et pourtant, dans mon propre pays, dans ma propre ville, en achetant mon propre pain, je suis devenu une sorte de fantôme linguistique — bien présent, bien français, mais totalement inaudible.
Cinquante ans à parler anglais à la maison ont fini par dérégler quelque chose. Pas mon cerveau — mon aura. Je rentre dans une pièce et le français s’en va discrètement, comme s’il avait oublié quelque chose sur le feu.
Pièce à conviction n°1 : le Coco Bongo, hier soir. Je lance un “bonsoir” tellement chaleureux, tellement authentique, qu’il aurait mérité un verre de Chablis offert par la maison. La serveuse l’entend. L’analyse. Et me répond… en anglais. Parce qu’apparemment, mon français, aussi sincère soit-il, n’est plus qu’un bruit de fond face à l’anglais qu’elle nous avait entendu parler trente secondes plus tôt entre nous. Battu par ma propre conversation de table.
Pièce à conviction n°2 : la plage (Biquet Beach), quelques jours avant. Je sors mon accent — pas juste français, mais bien du Midi, celui qui fait rouler les “r” comme s’ils avaient quelque chose à prouver et qui rajoute une syllabe aux mots qui n’en demandaient pas tant (un accent, il faut le dire, à des kilomètres — et des tonalités — de celui de mon père, du côté d’Auxerre). Ça, ça devrait être la preuve irréfutable de ma nationalité. Eh bien non : ça plante complètement la pauvre serveuse. Un Anglais… qui parle comme ça ? Impossible. Qu’on appelle un linguiste. Qu’on prévienne l’Académie française.
Résultat des courses : trop français pour qu’on me croie, trop anglais pour qu’on m’écoute. Un homme sans langue, au pays de la sienne — et de celle de son père, et sans doute de son grand-père aussi. À ce rythme-là, il va bientôt me falloir un interprète pour commander un café.
Vive la France. Apparemment, juste pas pour moi.
Breaking news from the Aude
Local Frenchman denied access to his own language
I am, by birth, blood, and baguette-purchasing rights, 100% French. I was practically forged in a vat of my father’s Burgundy — Auxerre stock, thank you very much, none of that southern nonsense — and raised on a diet of existential shrugging. And yet, in my own country, in my own town, ordering my own bread, I have become a linguistic ghost — present, French, and completely inaudible.
Fifty years of speaking English at home has apparently rewired something. Not my brain — my aura. I walk into a room and the French language just… leaves, like it’s forgotten something on the stove.
Exhibit A: Coco Bongo, last night. I deliver a “bonsoir” so warm, so authentically local, it should have come with a complimentary glass of Chablis. The waitress hears it. Processes it. And responds — in English. Because apparently my French, however sincere, is now just background noise to the English she overheard thirty seconds earlier. I have been out-voted by my own dinner conversation.
Exhibit B: Biquet Beach, days earlier. I unleash my accent — not just French, but southern French, the kind that rolls “r”s like it’s got something to prove and adds an extra syllable to words that didn’t ask for one (a long way, geographically and phonetically, from my father’s Burgundian vowels). This should be unimpeachable evidence of my nationality. Instead, it short-circuits the poor waitress entirely. An Englishman… speaking like that? Impossible. Send for a linguist. Alert the Académie française.
So here I am: too French to be believed, too English to be heard. A man without a language, in the land of his own tongue — and of his father’s, and possibly his father’s father’s. At this rate I’m going to need a translator just to order a coffee.
Vive la France. Apparently just not for me.
Return to Mission Control (J2S Blog)

